Les mots d'Emily Loizeau pour les enfants de la Jungle

Emily Loizeau a réalisé la musique d'un film consacré aux enfants de la sinistre Jungle de Calais. Elle y évoque la lumière et la joie éclairant si rarement leurs yeux comme des étoiles fugaces tant la violence et la solitude les  laisse heurtés, désespérés.

Elle affirme qu'elle ne se remettra jamais de ces regards et se demande quels adultes ils deviendront...
Que laissons nous à nos enfants et aux générations suivantes comme fractures indélébiles ...?

 

 Chère Emily. Votre témoignage, poignant de sincérité me touche et rappelle un combat quotidien que je mène contre l'indifférence envers tous les enfants défavorisés qui vivent (ou plutôt survivent) sur notre territoire.

Il y a un peu plus de trois ans, j'avais l'immense privilège d'être reçu à Caracas par le Maestro Jose-Antonio Abreu, créateur du plus merveilleux modèle d'éducation social par la musique du monde. Ce visionnaire utilise la musique symphonique pour éduquer les enfants des quartiers les plus pauvres. J'avais déjà initié depuis 1999 en France le dispositif des orchestres à l'école en me disant que ce que je faisais dans les quartiers défavorisés avait une certaine utilité, et je n'imaginais pas qu'au Venezuela existait un système merveilleux d'efficacité, en perpétuelle évolution depuis maintenant plus de quarante ans. Après avoir vécu dans cette grande maison au cœur de la capitale vénézuélienne, je demandais au Maestro quel miracle faisait que ce modèle fonctionne si bien, paraissant si indispensable pour chaque enfant participant au système d'orchestre. Il me répond alors en me prenant la main afin de capter mon attention le plus possible : "Pour nous, chaque enfant est un potentiel Prix Nobel. C'est notre responsabilité de lui apporter le meilleur d'une éducation enthousiasmante. Quand il survient une difficulté (et au Venezuela, la vie dans les quartiers populaires peut être très dure), généralement un de nos professeurs de musique, ou le chef d'orchestre, ou quelqu'un de notre administration le remarque. Nous en parlons ensemble et nous trouvons une solution pour redonner un environnement positif à cet enfant. Il y a TOUJOURS une solution si on y met de la bonne volonté".

 

Je pense à ces mots en permanence et je fais mon possible pour que cette philosophie soit appliquée au sein de Passeurs d'Arts, l'association la plus inspirée du Sistema vénézuélien en France. J'ai acquis la certitude qu'un enfant accompagné avec bienveillance au sein d'une communauté aimante et attentive et qui sait "redistribuer la chance" aura toutes les chances de réussir et ne générera aucun ressentiment, aucune agressivité vis à vis de ceux qui lui auront permis de grandir sereinement et de s'épanouir. Pourquoi ne comprend on pas cela ? Comment nos décideurs politiques peuvent ils demeurer sans compréhension du fléau qui est en train de grandir, ne se préoccupant pas de ces jeunes en situation désespérée ?

 

 Chaque jour, je passe devant un de ces camps de réfugiés sauvage installé à Gennevilliers au bord de la bretelle d'accès à l'autoroute A15. Ils sont de plus en plus nombreux ; quelques dizaines d'enfants sont là, de tous âges... Ils ne vont pas à l'école et vivent dans une précarité inacceptable, sans eau, sans électricité. C'est en France, terre d'art et de culture, terre d'accueil, pays des droits de l'homme... Foutaises : on laisse aujourd'hui en France grandir des enfants avec le sentiment qu'ils sont des exclus, des indésirables. En le faisant, nous laissons pourrir une jeunesse qui comprend pourtant des êtres remarquables... Combien allons nous manquer de scientifiques, de médecins, de philosophes, d'artistes, d'artisans, d'ouvriers indispensables parmi ces jeunes ? Comment sommes nous devenus aveugles et sourds et si peu visionnaires à ce point ?

Nous devrions hurler ensemble que nous n'acceptons pas cette notion du "non coupable". Nous ne devons plus détourner notre attention quand nous croisons le regard d'un enfant, d'un jeune ou d'un adulte en situation de désespoir, sous peine de voir un jour ce regard chargé de haine !

Je suis persuadé, chère Emily, que l'art et la culture sont les derniers remparts face à l'intolérance et à l'inconscience. Les enfants passeurs d'arts sont déjà des porteurs d'espoir : ils re-distribuent la chance qu'ils ont eue de vivre en musique...

 Certains même, dès quatorze ans, apprennent la musique aux enfants handicapés et réussissent à les faire jouer et chanter dans leur orchestre. Ils sont, comme pourraient être tous les enfants de cette planète, extra-ordinaires...

Jean-Claude Decalonne

 

Pour nous aider à poursuivre nos actions, cliquez ici

Découvrez Passeurs d'Arts > cliquez ici

 

 

Please reload

Article proposé

TUTTI, parce que ça veut dire ENSEMBLE !

May 5, 2018

1/10
Please reload

Articles récents
Please reload

Abonnez-vous pour recevoir les news de Tutti, Passeurs d'arts

© 2019 by Passeurs d'Arts

  • Blanc Facebook Icône
  • Blanc Twitter Icon
  • Blanc Icône YouTube
  • Blanc Icône Instagram